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REC · Récit de terrain

Rulindo, Musanze et Kayonza · Provinces du Nord et de l’Est8 min de lecture

Quand la pluie n’arrête plus les cours

Dans les écoles rwandaises, des classes plus sûres, des cuisines scolaires et des cours de rattrapage changent ce que peut contenir une journée d’école.

Un élève en classe
Un élève en classe

La route est en terre rouge, sèche et large. Trois élèves descendent en son milieu, cartable sur le dos et sandales aux pieds : un garçon en chemise bleu clair et cravate, deux filles en pull et jupe bleu marine. Deux d’entre eux sourient franchement à l’objectif. Derrière eux, de grands arbres et un mur de briques.

C’est un trajet ordinaire vers l’école. Cette histoire parle de ce qui attend au bout du chemin.

Nous avons passé du temps dans des écoles de plusieurs districts, dont Rulindo et Musanze dans la province du Nord et Kayonza dans la province de l’Est. Nous avons photographié des salles de classe, des cours de récréation et des cuisines, et mené des entretiens en kinyarwanda avec des élèves, des directeurs, du personnel et des responsables d’école pour un reportage réalisé avec l’UNICEF Rwanda.

Voici une journée d’école, reconstituée à partir de ces visites : le trajet du matin, une classe quand la pluie arrive, une cuisine, le déjeuner, puis le cours qui suit.

Des élèves sur le chemin de l’école
Des élèves sur le chemin de l’école

01La question derrière le trajet

Faire franchir aux enfants le portail de l’école, le Rwanda y est en grande partie parvenu. Le taux net de scolarisation dans le primaire avoisine 99 % (page pays du GPE sur le Rwanda, 2026). Au cours de l’année scolaire 2022/23, les écoles primaires du pays comptaient 2 838 343 élèves (NISR, d’après les données administratives du ministère de l’Éducation).

Être inscrit ne veut pas dire apprendre. La page pays du GPE souligne que de nombreux enfants n’ont toujours pas acquis les compétences de base à la fin du primaire, et que les taux de redoublement, d’abandon et de retard scolaire restent élevés (page pays du GPE sur le Rwanda, 2026). Le reportage pour lequel nous avons travaillé résumait le problème en une phrase :

« À mesure que les inscriptions augmentaient, une question plus profonde est apparue : tous les enfants apprenaient-ils, progressaient-ils et terminaient-ils leur scolarité ? »

Le gouvernement du Rwanda, à travers le ministère de l’Éducation et le Rwanda Basic Education Board, met en œuvre la subvention de transformation du système financée par le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE), avec l’appui technique de l’UNICEF. La subvention court de 2024 à 2028. Elle porte sur les compétences fondamentales en lecture, écriture et calcul, l’inscription et la progression dans les délais, et le renforcement des capacités, de la coordination, du leadership et du financement du secteur (page pays du GPE sur le Rwanda, 2026).

Dans les écoles, cette réforme ne ressemble pas à une politique. Elle prend la forme d’un toit, d’un foyer de cuisson et d’un cours supplémentaire.

02Quand il pleut

Le Rwanda connaît deux saisons des pluies, l’une centrée sur la période de mars à mai, l’autre sur celle d’octobre à décembre (Agence météorologique du Rwanda).

Dans certaines des écoles visitées, ces mois signifiaient autrefois des cours perdus. À Musanze, un directeur d’école a décrit des cours qui s’arrêtaient à chaque pluie. À Rulindo, une élève de cinquième primaire a raconté ce qui a changé :

« Nos cours ne sont plus interrompus quand il pleut, et nous pouvons rester en classe et nous concentrer. »

C’est une phrase courte pour un vrai changement. Un cours qui n’est pas interrompu est un cours qui va jusqu’au bout, et une classe qui peut rester assise peut garder les yeux sur le tableau.

La récréation dans une école aux classes rénovées
La récréation dans une école aux classes rénovées
Une classe pleine, prête à apprendre
Une classe pleine, prête à apprendre

Dans une école, la récréation débordait entre de longs bâtiments de classes aux toits bleus, aux portes bleues et aux fenêtres encadrées de bleu, sous un ciel gris et lourd. La cour était remplie d’enfants, la plupart en chemise à carreaux avec jupe ou short bleu marine, quelques-uns en sweat à capuche.

Dans une autre classe, des pupitres en bois sur des cadres métalliques gris étaient alignés en rangs serrés, et chaque place était occupée. Au tableau, derrière les élèves, on voyait encore un schéma à la craie.

À l’échelle du pays, le programme a achevé 313 salles de classe préscolaires dans 30 districts et 324 blocs sanitaires, et 12 000 enfants devraient bénéficier de meilleures conditions d’apprentissage. Ce sont des chiffres du programme tels qu’ils sont rapportés dans le reportage, issus du ministère de l’Éducation, du REB et de l’UNICEF.

03Le foyer avant le déjeuner

Avant le déjeuner, la journée appartient à la cuisine.

Dans l’une des cuisines scolaires que nous avons photographiées, les murs étaient carrelés de blanc jusqu’à hauteur d’épaule. Deux grands foyers ronds en acier poli reposaient sur une plateforme carrelée surélevée, chacun avec un large couvercle et plusieurs poignées. À la base de l’un d’eux, par une petite ouverture où l’on alimente le feu, les braises rougeoyaient. Non loin, un cuisinier en tunique bleu marine se tenait derrière une marmite ouverte encastrée dans un foyer, une main sur chaque poignée, en pleine phrase.

Un cuisinier à côté d’un foyer économe en énergie
Un cuisinier à côté d’un foyer économe en énergie
Des foyers économes en énergie dans une cuisine scolaire
Des foyers économes en énergie dans une cuisine scolaire

Ces foyers font eux aussi partie de la réforme. Le programme a fourni 244 foyers économes en énergie pour les cantines scolaires, selon les chiffres des mêmes partenaires. Au Groupe scolaire Cyinzovu, dans le district de Kayonza, l’école a décrit la différence :

« Cuisiner est désormais plus rapide et plus facile, et il y a beaucoup moins de fumée en cuisine. Nous utilisons moins de bois et les repas sont prêts plus tôt. »

Moins de bois, moins de fumée et un repas plus tôt. Chacun de ces points compte pour celles et ceux qui cuisinent chaque jour, et le dernier compte pour chaque élève qui attend l’après-midi.

Les repas scolaires ont une histoire au Rwanda. Le programme a commencé dans les écoles secondaires de jour en 2014, a été introduit dans le préscolaire et le primaire en 2019 et a été étendu à tout le pays en 2021. Selon le ministère de l’Éducation, il a contribué à faire baisser le taux d’abandon scolaire de 9,4 % en 2021 à 4,7 % (ministère de l’Éducation, 2026).

04Un déjeuner à l’heure

Un repas scolaire servi à l’heure
Un repas scolaire servi à l’heure

Le déjeuner se prend aux mêmes pupitres que les cours du matin. Des assiettes en acier portent du riz et des haricots. Certains élèves regardent leur assiette ; l’un d’eux, la cuillère à mi-chemin de la bouche, lève les yeux vers l’objectif. Au fond de la salle, une enseignante en chemise blanche se tient près d’un tableau encore couvert de craie.

À Kayonza, un foyer économe en énergie signifie des repas prêts à temps pour les cours de l’après-midi. Quand le repas est prêt à l’heure, l’après-midi peut lui aussi commencer à l’heure.

05Le cours de l’après-midi

Retour au travail après le déjeuner
Retour au travail après le déjeuner

Après le déjeuner, les cahiers ressortent. Un élève se penche sur une page, stylo en main, et sourit largement à quelque chose juste hors du cadre.

Pour certains enfants, c’est dans le cours de l’après-midi que les lacunes apparaissent. C’est à cela que servent les cours de rattrapage. Les élèves en retard reçoivent un soutien ciblé pendant les vacances, guidé par les résultats d’évaluation.

  • 840 525élèves de P1 à P5 touchés par les cours de rattrapage
  • 3 227écoles dans le programme de vacances d’août à septembre 2025
  • 68,3 %des élèves participants ont atteint le seuil de passage
  • 20,4 %de redoublement en P1–P5 en 2024–2025, contre 29,7 % en 2022–2023

Ce sont des chiffres du programme tels qu’ils sont rapportés dans le reportage, issus du ministère de l’Éducation, du REB et de l’UNICEF. Derrière eux se trouve une idée simple : un enfant qui ne redouble pas est un enfant qui avance avec ses camarades.

Repérer qui a besoin d’aide est l’autre moitié du travail. Un responsable d’école nous a montré comment les données de présence et d’évaluation aident les enseignants à repérer un enfant qui a besoin d’aide avant qu’il ne soit trop tard. Un registre d’appel et un résultat d’évaluation sont des choses ordinaires. Utilisés ainsi, ils deviennent une alerte qui arrive à temps.

06De retour dans la cour

La récréation
La récréation

À la récréation, deux garçons dans la cour poussiéreuse font leur numéro pour l’objectif. L’un est accroupi, les poings sur le front, la mine terrible. L’autre, à côté, est en plein pas de danse, une main levée, en riant. Derrière eux, d’autres enfants regardent et attendent leur tour.

Aucun d’eux n’a sans doute entendu parler d’une subvention de transformation du système. Ils n’en ont pas besoin. Ce qui les atteint, c’est une classe qui reste ouverte, un repas qui arrive à l’heure et un enseignant qui remarque.

Le reportage se terminait par une phrase qui décrit l’objectif mieux que n’importe quel chiffre :

« Chaque enfant n’est pas seulement présent à l’école, mais en sécurité, soutenu et capable d’apprendre, de progresser et de réaliser son potentiel. »

Demain matin, le trajet sur la route rouge recommencera. De plus en plus, il mène à un cours que la pluie n’arrête plus.

Sources

  1. globalpartnership.org
  2. statistics.gov.rw
  3. www.meteorwanda.gov.rw
  4. mineduc.gov.rw

Photographies et récit : TrueStory Africa. Les personnes photographiées ont donné leur consentement.

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