42 · Analyses · Éthique et normes
Photographier des enfants de manière éthique : guide pour les organisations
Ce que les équipes de communication, les photographes et le personnel des programmes doivent faire avant, pendant et après une prise de vue pour que les images d’enfants protègent les enfants qu’elles montrent.
Pourquoi les enfants exigent une attention particulière
Les enfants figurent dans une grande partie des communications liées au développement, de l’alimentation scolaire à la vaccination. Ce sont aussi les personnes les moins à même de comprendre jusqu’où une image peut circuler, ou de s’y opposer des années plus tard. La Convention relative aux droits de l’enfant définit l’enfant comme tout être humain âgé de moins de 18 ans, et dispose que, dans toutes les décisions qui concernent les enfants, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale.1
La Convention protège également les enfants contre les immixtions arbitraires ou illégales dans leur vie privée, leur famille et leur domicile, et garantit à tout enfant capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant.1 Photographier des enfants de manière éthique, c’est prendre ces deux droits au sérieux : protéger leur vie privée et écouter ce qu’ils veulent.
Les bases des principes éthiques de l’UNICEF pour les reportages sur les enfants
La référence la plus utilisée est constituée par les principes éthiques de l’UNICEF pour les reportages sur les enfants. Ils reposent sur deux principes : la dignité et les droits de chaque enfant doivent être respectés en toutes circonstances, et l’intérêt supérieur de chaque enfant doit primer sur toute autre considération.2
Deux règles comptent particulièrement pour les photographes. Premièrement, ne publiez pas un récit ou une image susceptible de mettre en danger l’enfant, ses frères et sœurs ou ses camarades, même lorsque les identités sont modifiées.2 Deuxièmement, pas de mise en scène : ne demandez pas aux enfants de raconter une histoire ou d’accomplir une action qui ne fait pas partie de leur propre vécu.2 Demander à un enfant de prendre un air triste pour l’objectif, ou de rejouer un événement, enfreint ces deux règles.
Si une image risque de mettre un enfant en danger, aucun résultat de campagne ne justifie sa publication.
Quand masquer l’identité d’un enfant
Le code d’éthique de World Press Photo rappelle aux photographes que la liberté d’expression doit être mise en balance avec le droit de l’enfant au respect de sa vie privée.3 Masquer l’identité ne se limite pas à flouter un visage. Photographiez de dos, utilisez des silhouettes, montrez des mains au travail ou cadrez l’enfant en petit dans une scène large. Décidez-en avant la prise de vue : une image conçue pour préserver l’anonymat est plus réussie, et moins stigmatisante, qu’un visage flouté au moment de la retouche.
Lorsqu’il existe un risque, réel ou potentiel, de préjudice ou de représailles, l’UNICEF étend cette protection à d’autres enfants, notamment les demandeurs d’asile, les réfugiés et les enfants déplacés dans leur propre pays.2 Dans tous les cas, selon l’UNICEF, il faut toujours changer le nom et masquer l’identité visuelle de tout enfant identifié comme :2
- victime d’abus ou d’exploitation sexuels
- auteur de violences physiques ou sexuelles
- vivant avec le VIH ou le sida, sauf si l’enfant, un parent ou un tuteur donne un consentement pleinement éclairé
- accusé ou reconnu coupable d’une infraction
- enfant combattant porteur d’une arme
Visages, noms, lieux et indices cachés
Les lignes directrices de Bond sur les contenus éthiques décrivent une pratique adoptée par certaines organisations : un récit ne comporte qu’un seul élément parmi un visage reconnaissable, un vrai nom complet ou un lieu précis.4 Bond note qu’il est d’usage de ne jamais publier le lieu exact où se trouve un enfant, et que certaines ONG ont choisi de ne plus utiliser aucune image reconnaissable d’enfants.4
Le lieu se trahit par les détails. Bond met en garde contre les éléments identifiants tels que les uniformes scolaires, le paysage ou la signalétique, et contre les légendes qui indiquent un lieu précis ou le nom de famille d’un parent.4 Il conseille aussi de désactiver la fonction de localisation (SIG) de chaque appareil photo, afin que les fichiers image ne contiennent aucune information exploitable sur le lieu de vie des personnes photographiées.4 Vérifiez aussi les téléphones et les drones.
Service associé
Photographie et récit visuel
Photographie de terrain planifiée en intégrant la protection, le consentement et la dignité, du cahier des charges à la légende finale.
Protéger les enfants le jour de la prise de vue
La protection de l’enfance en photographie tient autant au comportement sur le terrain qu’à l’image finale. Bond précise qu’aucun membre de l’équipe de production ne doit à aucun moment se trouver seul avec un enfant, et qu’un point focal désigné pour la protection de l’enfance doit faire partie du personnel mobilisé.4 Les visiteurs et les représentants des médias doivent suivre le même code de conduite que le personnel.4
L’UNICEF demande aux journalistes de ne pas nuire, en évitant les questions, les attitudes ou les commentaires qui portent un jugement, et de s’assurer que montrer le domicile ou la communauté d’un enfant ne le mettrait pas en danger et ne lui porterait pas préjudice.2 Dans notre propre pratique, nous écourtons les séances, laissons les enfants faire des pauses, travaillons sous le regard d’un adulte de confiance et arrêtons si un enfant semble mal à l’aise.
Le consentement pour photographier des enfants
Le consentement pour photographier des enfants comporte deux volets : l’autorisation d’un parent ou d’un tuteur, et l’accord de l’enfant lui-même. L’UNICEF demande l’autorisation des deux, obtenue sans contrainte et dans la langue de l’enfant.2 Au Rwanda, la loi n° 058/2021 relative à la protection des données à caractère personnel et de la vie privée exige, pour traiter les données à caractère personnel d’un enfant de moins de 16 ans, le consentement du titulaire de l’autorité parentale, donné dans l’intérêt de l’enfant.5
Bond recommande d’associer les enfants eux-mêmes à partir de sept ou huit ans environ, et de retirer les images d’enfants, ou de renouveler le consentement, au bout de trois ans ou à leurs 18 ans, selon la première de ces échéances.4 World Press Photo demande que les informations relatives au consentement figurent dans la légende.3 Notre guide sur le consentement éclairé détaille les formulaires et la démarche.
Après la prise de vue : stockage et partenaires
La protection se poursuit bien après la prise de vue. Bond conseille de conserver les registres de consentement en lieu sûr, hors de portée de toutes les personnes qui utilisent les contenus, car ils contiennent souvent des noms, des lieux et des coordonnées.4 Conservez les fichiers originaux dans un dossier à accès restreint et partagez les images retouchées après en avoir supprimé les données de localisation.
Si vous faites appel à des photographes, des agences ou des partenaires, le devoir de diligence accompagne le travail. Les normes de Keeping Children Safe précisent que les organisations ont un devoir de diligence envers les enfants avec lesquels elles travaillent ou qui sont touchés par leurs activités, et qu’il leur incombe d’aider leurs partenaires à respecter des exigences minimales en matière de protection.6 Inscrivez ces attentes dans le cahier des charges et dans le contrat.
Une liste de contrôle simple
- Objectif de chaque image convenu, au regard de l’intérêt supérieur de l’enfant
- Consentement d’un parent ou d’un tuteur, et accord de l’enfant
- Identité masquée pour chaque enfant que l’UNICEF considère comme devant être protégé
- Jamais un visage, un nom complet et un lieu précis ensemble
- Géolocalisation désactivée sur les appareils photo, les téléphones et les drones
- Aucun adulte seul avec un enfant, et un point focal présent pendant la prise de vue
- Ni émotions mises en scène ni reconstitutions
- Une date de retrait ou de renouvellement fixée pour chaque image
Questions fréquentes
Pouvons-nous montrer le visage d’enfants dans nos communications ?
Souvent oui, avec le consentement d’un parent ou d’un tuteur et celui de l’enfant, lorsque le contexte n’est pas sensible et que l’image ne met pas l’enfant en danger. Ne montrez jamais le visage des enfants que l’UNICEF considère comme devant être protégés, tels que les survivants d’abus, et évitez d’associer un visage à un nom complet et à un lieu précis.
Faut-il le consentement des parents pour photographier des enfants au Rwanda ?
La loi rwandaise sur la protection des données exige le consentement du titulaire de l’autorité parentale pour traiter les données à caractère personnel d’un enfant de moins de 16 ans, et nous considérons les photographies permettant d’identifier une personne comme des données à caractère personnel. La bonne pratique consiste à demander aussi l’accord de l’enfant, dans une langue qu’il comprend.
Faut-il flouter le visage des enfants ?
Le floutage fonctionne, mais il peut donner l’impression que l’on cache quelque chose de honteux. Il est généralement préférable de prévoir des images anonymes dès la prise de vue, en utilisant des silhouettes, des mains, des personnes de dos ou des plans larges.
Combien de temps pouvons-nous utiliser des photos d’enfants ?
Fixez une limite à l’avance. Bond recommande de retirer les images d’enfants, ou de renouveler le consentement, trois ans après la prise de vue ou lorsque l’enfant atteint 18 ans, selon la première de ces échéances.
Sources
Chaque lien numéroté de cet article renvoie à l’une de ces sources. Nous avons vérifié chacune d’elles le 11 octobre 2026. Les résumés de textes de loi servent à la planification et ne constituent pas un avis juridique.
- 1
United Nations (text published by UNICEF). Convention on the Rights of the Child text (1989).
Source officielleunicef.orgVérifié le 11 octobre 2026
- 2
UNICEF. Ethical reporting guidelines : Key principles for responsible reporting on children and young people.
Source officielleunicef.orgVérifié le 11 octobre 2026
- 3
World Press Photo Foundation. Code of ethics.
Source officielleworldpressphoto.orgVérifié le 11 octobre 2026
- 4
Source officiellebond.org.ukVérifié le 11 octobre 2026
- 5
DLA Piper. Data Protection in Rwanda.
Source officielledlapiperdataprotection.comVérifié le 11 octobre 2026
- 6
Keeping Children Safe. The International Child Safeguarding Standards (2024).
Source officiellekeepingchildrensafe.globalVérifié le 11 octobre 2026
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Photographie de terrain planifiée en intégrant la protection, le consentement et la dignité, du cahier des charges à la légende finale.
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