46 · Analyses · Stratégie
Transformer les données de suivi en récits qui marquent
Une approche pratique de la mise en récit des données et de la communication des résultats, pour les équipes de programme, de suivi et d’évaluation et de communication qui veulent que leurs données probantes soient lues et utilisées.
Pourquoi les données de suivi ont besoin d’un récit
La plupart des programmes collectent bien plus de données qu’ils n’en communiquent. Les tableaux d’indicateurs, les enquêtes de référence et les rapports trimestriels contiennent de véritables preuves de changement, mais peu de personnes en dehors de l’équipe de suivi et d’évaluation (S&E) les lisent. La mise en récit des données consiste à transformer ces éléments probants en constats que les gens comprennent, retiennent et sur lesquels ils agissent.
La Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU), dont les recommandations ont été rédigées pour les instituts de statistique, le dit sans détour : sans fil conducteur, une publication se réduit à une simple description de chiffres.1 Son point de départ est le public, qui selon elle est « aux commandes ».1 Un ministre, un bailleur et un comité de santé de district ont besoin de constats différents, tirés du même jeu de données.
Trouver le message avant le graphique
Avant que quiconque n’ouvre un outil de conception graphique, notez le message unique que les données étayent. Le guide de visualisation de données de l’UE suggère de prendre le temps de réfléchir à l’objectif d’une visualisation et de se demander quel message on cherche à transmettre à son public.2 Si l’équipe ne parvient pas à s’accorder sur cette phrase, aucun graphique ne sauvera le rapport.
Un bon test consiste à compléter la phrase « Les données montrent que… » en moins de 20 mots. « Les inscriptions ont augmenté » est un début. Un constat hypothétique comme « Davantage de filles sont restées scolarisées après la deuxième année, et l’écart avec les garçons s’est comblé dans trois districts sur quatre » est un véritable constat. Il dit ce qui a changé, pour qui et par rapport à quoi.
Rédigez cette phrase ensemble. Le personnel de S&E connaît les réserves, la taille des échantillons et les résultats solides, tandis que le personnel de communication connaît les publics et les canaux. Dans notre propre pratique, une courte séance de travail entre les deux équipes, organisée avant le début de la rédaction, évite plusieurs séries de corrections par la suite et garantit un constat à la fois exact et lisible.
Un indicateur dit ce qui a été mesuré, un récit dit pourquoi cela compte.
Des données aux récits : commencer par le constat
La structure journalistique convient aux résultats. La CEE-ONU recommande de placer les informations les plus importantes au début, car les lecteurs perdent vite leur intérêt, et considère le chapeau comme l’élément le plus important du texte.1 Elle recommande des intertitres qui résument le constat principal, idéalement avec un verbe, et des titres de graphiques qui énoncent en quelques mots l’histoire que le graphique illustre.1
Ainsi, au lieu d’un intertitre comme « Indicateur d’effet 2.1 », écrivez « Davantage d’agriculteurs vendent désormais par l’intermédiaire de coopératives ». Au lieu d’un graphique intitulé « Revenu des ménages, 2022 à 2025 », choisissez un titre qui dit ce que fait la courbe. Le code de l’indicateur peut figurer dans une note pour les spécialistes qui en ont besoin.
Donner du contexte aux chiffres, pas du volume
Les chiffres ne convainquent que s’ils sont peu nombreux et significatifs. La CEE-ONU déconseille de surcharger les lecteurs de chiffres, recommande de n’utiliser que des chiffres clés arrondis et de consacrer le texte à l’analyse, aux tendances et au contexte plutôt que de répéter les valeurs des tableaux.1 Elle demande aussi aux rédacteurs de situer les constats les plus importants dans le contexte des tendances à court et à plus long terme, tout en veillant à ne pas perdre trop d’information en arrondissant.1
Dans la pratique, donnez à chaque chiffre clé un point de comparaison : la situation de référence, la cible, la moyenne nationale ou la même période de l’année précédente. Écrivez les nombres en chiffres : le Nielsen Norman Group a constaté que les chiffres attirent l’œil des lecteurs qui parcourent une page.3 Et traduisez les pourcentages en personnes chaque fois que possible : « un ménage sur quatre » est plus facile à se représenter que « 24,6 % ».
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Récits de résultats, rapports d’impact et notes de synthèse qui transforment les données de suivi en constats clairs et en récits humains.
Communiquer les données de S&E avec des voix humaines
Les chiffres montrent l’ampleur, les personnes montrent le sens. Un guide de Catholic Relief Services et de la Croix-Rouge américaine sur la rédaction de récits d’intérêt humain pour le S&E les présente comme un moyen de personnaliser les résultats d’impact et comme un complément aux autres techniques de collecte de données.4 Il distingue les récits de réussite, qui illustrent l’impact à travers l’expérience positive d’une personne, des récits d’apprentissage, qui tirent des enseignements d’expériences positives et négatives et conviennent aux rapports de S&E réguliers.4
Le même guide conseille de privilégier l’information qualitative étayée par des données quantitatives, de commencer par répondre aux questions qui, quoi, où, quand, pourquoi et comment, d’inclure des citations directes et de limiter les récits à environ 500 à 750 mots.4 Placée à côté du constat principal, une voix bien choisie aide les lecteurs à retenir le chiffre.
Être honnête sur la contribution et les limites
La crédibilité est tout l’enjeu de la communication des résultats. Le guide de CRS note que les récits individuels n’ont pas à être représentatifs, mais demande aux organisations d’expliquer en toute transparence comment les personnes ont été choisies et de préciser les limites de toute généralisation à partir de ces récits.4 Il met aussi en garde contre la dramatisation excessive, qui peut nuire à la crédibilité.4
Soyez tout aussi prudent avec les liens de cause à effet. BetterEvaluation explique que les effets résultent généralement d’une combinaison de facteurs, et qu’une intervention contribue au changement sans être le seul facteur qui le produit.5 Écrivez « a contribué à » plutôt que « a entraîné », sauf si une évaluation démontre le contraire, et nommez les partenaires et les systèmes publics qui y ont pris part.
Consentement, calendrier et format
Les récits tirés du suivi mettent en jeu des personnes réelles, souvent en situation de vulnérabilité. Le guide de CRS demande d’obtenir le consentement avant d’interviewer, d’observer ou de photographier quiconque, et de ne pas divulguer les informations que les personnes préfèrent garder privées.4 Il observe aussi que les projets consacrent souvent du temps à élaborer de bons récits, mais en réservent trop peu à leur diffusion, et recommande de planifier celle-ci à l’avance.4
Planifiez les formats en même temps que la collecte de données : une fiche synthèse d’une page pour les décideurs, une courte vidéo ou un récit photographique pour le grand public, des publications sur les réseaux sociaux construites autour d’un seul constat, et le rapport complet pour les spécialistes. Les mêmes données probantes, bien racontées dans chaque format, touchent bien plus de monde qu’un seul long document.
Une liste de contrôle simple
- Message d’une phrase convenu avant le début de la conception
- Intertitres et titres de graphiques qui énoncent des constats
- Peu de chiffres, arrondis, chacun avec une situation de référence ou une comparaison
- Codes des indicateurs déplacés dans les notes
- Un récit humain placé à côté du constat principal
- Choix des récits et limites expliqués
- « A contribué à » plutôt que « a entraîné », sauf preuve du contraire
- Consentement consigné et diffusion planifiée
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la mise en récit des données ?
La mise en récit des données (data storytelling) associe données, narration et éléments visuels pour expliquer ce que montrent les données probantes et pourquoi cela compte pour un public donné. Elle part d’un constat clair plutôt que du jeu de données.
Comment transformer des données de S&E en récit ?
Convenez du constat principal, donnez-lui un contexte grâce à une situation de référence ou à une comparaison, et associez-le à l’expérience d’une personne concernée. Présentez-le ensuite dans des formats adaptés à chaque public, de la fiche synthèse d’une page à la courte vidéo.
Les récits de réussite doivent-ils être représentatifs ?
Ce n’est pas obligatoire, mais vous devez préciser comment les personnes ont été choisies et éviter de laisser entendre qu’une expérience reflète celle de tous. Les récits d’apprentissage qui évoquent aussi les difficultés sont souvent plus crédibles.
Combien de chiffres un récit de résultats doit-il contenir ?
Le moins possible. Choisissez les deux ou trois chiffres qui étayent votre constat principal, arrondissez-les judicieusement et réservez les tableaux détaillés à une annexe.
Sources
Chaque lien numéroté de cet article renvoie à l’une de ces sources. Nous avons vérifié chacune d’elles le 11 octobre 2026. Les résumés de textes de loi servent à la planification et ne constituent pas un avis juridique.
- 1
United Nations Economic Commission for Europe (UNECE). Making Data Meaningful Part 2 : A guide to presenting statistics (2009).
Source officielledigitallibrary.un.orgVérifié le 11 octobre 2026
- 2
data.europa.eu (Publications Office of the European Union). Data Visualisation Guide : Choosing charts : the message (2023).
Source officielledata.europa.euVérifié le 11 octobre 2026
- 3
Nielsen Norman Group. Show Numbers as Numerals When Writing for Online Readers (2007).
Source officiellenngroup.comVérifié le 11 octobre 2026
- 4
Clara Hagens, American Red Cross and Catholic Relief Services. Writing Human Interest Stories for M&E (2008).
Source officiellecrs.orgVérifié le 11 octobre 2026
- 5
BetterEvaluation. Contribution analysis (2024).
Source officiellebetterevaluation.orgVérifié le 11 octobre 2026
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